Les L.L.A.V. – Laboratoires Artistiques du Vivant – lancent leur cinquième résidence ! Elle s'adresse aux
artistes et collectifs résidant en Belgique et actif·ves dans les arts visuels, avec un focus sur la
performance — que celle-ci soit déjà au cœur de leur pratique ou qu'iels souhaitent la développer.

Résidentes sélectionnées en 2027

·       [L.L.A.V.] Suzanne Corcessin 

Avec son projet Corps Vidé, l'artiste Suzanne Corcessin souhaite, au départ d'une expérience concrète de confrontation avec les dispositifs de capture d'oiseaux, explorer par le corps et l'image la manière dont nos sociétés construisent leurs relations aux corvidés et, par extension, au corps vivant. L'intention prend sa source dans la découverte marquante, à l'été 2025, d'une cage de capture destinée aux corvidés dans son village d'origine, ayant engagé un dialogue direct avec un agriculteur local et le président départemental de la chasse et révélant la complexité des liens, des savoirs transmis, des pratiques et des tensions qui traversent un même territoire face au vivant. Prolongement d'une recherche artistique déjà ancrée dans le travail de la plume comme matière de tension, ce projet vise à créer un espace visuel, corporel et performatif où coexistent plusieurs récits : ceux de la science, du monde agricole, de la chasse, du droit et de l'expérience sensible. La résidence est envisagée pour une durée de 2 mois entre mars et avril 2027. 

La résidence vise à interroger les gestes, les récits et les systèmes qui déterminent ce que nous choisissons de protéger, de contrôler ou de faire disparaître. L'enjeu est de constituer une collection réunissant lectures, récits, textes juridiques, observations, voix, images et archives afin de faire dialoguer les connaissances scientifiques avec les expériences vécues du territoire sans chercher à les réduire à une seule vérité, puis de transformer l'ensemble de ce corpus en une forme performative. 

La recherche s'articule autour d'un travail in situ et d'une démarche d'enquête guidée par un questionnement fondamental : Pourquoi une corneille devient-elle une espèce à réguler ? Qui décide ? Sur quelles données ? Quels récits accompagnent cette décision ? Quels corps sont impliqués (ceux des oiseaux, des chasseurs, des agriculteurs, des scientifiques) ? Comment la loi peut-elle transformer notre perception d'un vivant ? La méthode consiste à faire interagir l'expérimentation corporelle et la pratique de l'image pour traiter ces matériaux documentaires et juridiques, en traduisant les tensions et les frictions du terrain en une écriture performative. 

Durant cette résidence, l'artiste souhaite échanger avec les acteurs du territoire que sont les habitants, les agriculteurs et les chasseurs du Brabant wallon directement confrontés aux corvidés. Elle sollicite également les équipes académiques de l'UCLouvain (Earth and Life Institute) travaillant sur les espèces en milieux anthropisés, l'écologie des paysages agricoles et la biodiversité. Enfin, elle cible des chercheurs spécialisés de l'UCLouvain comme Manuel de Tillesse, Isabelle Caignet et Jean-Philippe Bizoux pour leurs travaux sur le cadre de dérogation lié à la pie bavarde et la corneille noire (2024), Arnaud Vansteenkiste et le Pr. Nicolas Magain concernant l'imputation des dégâts agricoles selon les espèces (2025), ainsi qu'A. Delalieux et S. Cristofoli pour leur étude sur les méthodes d'effarouchement et les dommages agricoles (2024). 

 

·       [L.L.AV. MEDIUM] Emma Herman 

Avec son projet Hors-Serre, l'artiste Emma Herman s'interroge sur le déplacement des terres et d'espèces, la construction d'infrastructures, le remuement des sols ou l'abandon d'espaces, qui contribuent à créer des conditions favorables à certaines plantes, notamment celles considérées comme envahissantes. Née d'une réflexion sur la fleur et sur notre volonté de contrôler le vivant, l'intention est d'explorer les métamorphoses des territoires que nous habitons sans chercher à juger ces végétaux, en questionnant les catégories que nous imposons au vivant et le moment où nous décidons qu'une espèce n'est plus à sa place. Au départ, le souhait de l'artiste était de mener sa résidence au printemps, mais pour éviter la tenue simultanée de deux résidences, celle-ci a été déplacée à partir du 20 août 2027. 

La résidence vise à confronter les recherches et intuitions artistiques à la réalité du terrain et aux connaissances scientifiques en s'appuyant sur l'accompagnement de spécialistes. L'enjeu est de transformer ces observations de terrain en une expérience corporelle, sonore et plastique, tout en faisant émerger les premières formes d'un projet évolutif sans en fixer à l'avance la forme finale. L'artiste souhaite engager son propre corps dans la recherche pour nourrir une matière à performer qui associe le travail de la voix, du son, de la céramique comme corps résonnant, et de la sculpture. 

La démarche repose sur l'engagement direct du corps sur le terrain — par la marche, l'écoute, le suivi des parcours et l'exploration des espaces perturbés ou délaissés (friches, abords d'infrastructures). L'investigation in situ est guidée par un ensemble de questions centrales : Qu'est-ce qui leur permet d'apparaître ici ? Quelles trajectoires empruntent-elles ? Quel rôle jouons-nous dans leurs déplacements ? À quel moment décidons-nous qu'un être vivant n'est plus à sa place ? Quels paysages contribuent-elles à créer à leur tour ? Ces observations sont ensuite traduites et expérimentées sur le plateau pour devenir matière à performer. 

Pour alimenter cette recherche, Emma Herman souhaite être accompagnée par des spécialistes en botanique, en écologie végétale et en écologie des milieux anthropisés. Cet accompagnement scientifique vise à l'aider à identifier précisément les espèces présentes dans les espaces délaissés ou perturbés et à comprendre leurs modes de dispersion. L'artiste cherche également à mieux appréhender les relations que ces plantes tissent avec leur milieu et les autres formes de vivant, ainsi que leur rôle effectif dans la mutation des paysages.